GREC & INTERPRÉTATIONLe livret · 58 pages

PRÉLIMINAIRES À L’ÉTUDE

Étudier le grec
du Nouveau Testament

À quoi sert le grec pour mieux comprendre le texte biblique ? Trois études sur son utilité et les précautions qui rendent son étude féconde.

Christian PRADEL

Comprendre avant d’apprendre. Ce parcours présente les enjeux et la méthode de l’étude du grec. Il ne constitue pas un cours de langue et ne demande aucun prérequis en grec.

Trois études complémentaires

Choisissez une étude pour commencer
LE PRINCIPE CENTRAL
Le dictionnaire propose ;
le contexte dispose.

Explorer les sens possibles d’un mot, puis revenir à la phrase, à l’auteur et à son époque.

L’introduction générale du livret

Le Nouveau Testament est rédigé en grec koinè, la langue commune du monde gréco-romain du Ier siècle. Cette koinè s’inscrit cependant dans une histoire plus large : elle est l’héritière de la langue grecque ancienne, avec laquelle elle partage un vocabulaire, des tournures et une manière de penser, tout en présentant ses propres particularités.

Pour bien interpréter un mot biblique, il est souvent utile de ne pas se limiter au seul Nouveau Testament. La Septante, le grec koinè de la même époque, les papyrus, les inscriptions et, parfois, la littérature grecque plus ancienne offrent des éclairages précieux sur le sens, les nuances et les usages d’un terme.

Cette recherche plus large doit toutefois être menée avec discernement. Le contexte immédiat, l’usage de l’auteur et la situation historique du Nouveau Testament demeurent primordiaux. L’étymologie et le grec plus ancien peuvent illuminer le sens d’un mot, mais ils ne doivent pas automatiquement en déterminer la signification. Il s’agit d’un équilibre entre ouverture et prudence, entre richesse lexicale et fidélité au texte.

Ces trois études ont pour but de proposer une méthode à la fois sage et rigoureuse. Elles visent à mieux comprendre la relation entre le grec ancien et la koinè, à apprécier la valeur de la recherche lexicale, et à apprendre quand et comment consulter le grec plus ancien est réellement utile pour éclairer le sens du texte néotestamentaire.

« Chercher largement, comparer prudemment, interpréter contextuellement. »
ÉTUDE 01 • 13 min de lecture environ

Grec ancien, koinè et Nouveau Testament

Comment comprendre et comparer les mots grecs ?

LE FIL CONDUCTEUR

Une langue vivante, plusieurs héritages. Le contexte détermine le sens dans le passage.

Trois repères pour se situer

Une longue histoire de la langue

« Grec ancien » recouvre plusieurs périodes et dialectes. Le grec classique, notamment l’attique, appartient à cet ensemble et constitue une part de l’héritage de la koinè.

Un emploi chez Platon éclaire l’histoire d’un mot ; il ne définit pas automatiquement son sens chez Paul.

L’étude complète

Sommaire de l’étude 17 sections
  1. Le grec ancien : une grande famille linguistique
  2. La naissance de la koinè
  3. Le Nouveau Testament est-il réellement écrit en koinè ?
  4. Mais la koinè n’est pas un grec uniforme
  5. Peut-on encore trouver du grec classique dans le Nouveau Testament ?
  6. Une troisième influence : la Septante
  7. Pourquoi comparer un mot du Nouveau Testament avec les auteurs classiques ?
  8. Le champ sémantique d’un mot
  9. Le danger de vouloir mettre tous les sens dans un seul verset
  10. Le danger de l’étymologie
  11. Plus un texte est proche chronologiquement, plus il est précieux
  12. La comparaison avec le grec classique reste pourtant précieuse
  13. La question centrale : que voulait dire l’auteur ?
  14. Une méthode particulièrement adaptée au Nouveau Testament
  15. Appliquer cette méthode à Paul et à Colossiens
  16. Une distinction essentielle pour éviter deux erreurs opposées
  17. Conclusion

Lorsqu’on étudie le texte grec du Nouveau Testament, une question revient rapidement : dans quelle langue les auteurs ont-ils réellement écrit ? On parle souvent de « grec ancien », parfois de « grec koinè », et l’on compare régulièrement les mots du Nouveau Testament avec ceux que l’on trouve chez Homère, Platon, Aristote, les historiens grecs ou d’autres auteurs de l’Antiquité. Mais ces comparaisons sont-elles légitimes ? Peut-on éclairer un mot de Paul à partir d’un emploi chez Platon, plusieurs siècles auparavant ? Et jusqu’où peut-on aller sans risquer de forcer le texte ?

Pour répondre correctement à ces questions, il faut d’abord comprendre que le grec ancien n’est pas une langue uniforme.

01

Le grec ancien : une grande famille linguistique

L’expression « grec ancien » désigne en réalité un vaste ensemble de formes de la langue grecque utilisées pendant l’Antiquité. Il existe plusieurs dialectes, plusieurs périodes et plusieurs niveaux de langue.

On rencontre ainsi le grec homérique, puis différentes formes dialectales comme l’ionien, l’attique, le dorien ou l’éolien. Le grec de Platon, de Sophocle ou de Démosthène n’est donc pas exactement le même que celui d’Homère, et il n’est pas non plus identique au grec parlé plusieurs siècles plus tard à l’époque du Nouveau Testament.

Le grec dit « classique » désigne surtout la langue littéraire des Ve et IVe siècles avant Jésus-Christ, notamment le grec attique d’Athènes. C’est la langue de grands auteurs tels que Platon, Thucydide, Xénophon ou Démosthène. Elle possède une syntaxe souvent élaborée, un système verbal riche, un emploi important des particules et une grande finesse stylistique.

Mais après les conquêtes d’Alexandre le Grand, la situation linguistique change profondément.

02

La naissance de la koinè

À partir de la fin du IVe siècle avant Jésus-Christ, le monde grec s’étend considérablement. Des populations très différentes doivent communiquer entre elles, et une langue commune se développe progressivement. Cette langue est appelée κοινή, koinè, c’est-à-dire simplement « commune ».

Elle repose principalement sur le grec attique, mais elle se transforme au contact des autres dialectes et surtout sous l’effet de l’usage quotidien. Certaines constructions deviennent plus simples, certaines distinctions grammaticales deviennent moins fréquentes, certains mots changent de sens ou prennent de nouvelles nuances.

La koinè n’est donc pas une langue entièrement nouvelle. Elle est une évolution du grec antérieur. C’est un point essentiel. Il ne faut pas imaginer une rupture brutale entre « grec classique » et « grec koinè ». Il existe plutôt une continuité historique. Des mots très anciens continuent d’être employés, certaines structures grammaticales subsistent, tandis que d’autres évoluent.

Ainsi, un auteur du Ier siècle peut écrire naturellement en koinè tout en employant des mots anciens, des expressions littéraires, voire certaines tournures qui rappellent le grec classique.

03

Le Nouveau Testament est-il réellement écrit en koinè ?

Oui, dans son ensemble, le Nouveau Testament appartient bien au grec hellénistique, c’est-à-dire à la koinè. Cette affirmation repose sur des observations linguistiques précises.

Pendant longtemps, certains spécialistes avaient remarqué que le grec du Nouveau Testament ne ressemblait pas exactement au grec classique. Certaines tournures paraissaient étranges, certains mots semblaient inhabituels, certaines constructions semblaient propres aux textes bibliques. On a même parfois parlé d’un « grec biblique » particulier.

Mais la découverte et l’étude de milliers de papyrus grecs, notamment en Égypte, ont profondément changé la compréhension de la langue du Nouveau Testament. Dans ces documents de la vie quotidienne — lettres privées, contrats, reçus, demandes administratives, comptes, actes juridiques — on a retrouvé de nombreuses expressions et constructions que l’on connaissait auparavant surtout dans le Nouveau Testament.

On a alors compris que beaucoup de ces formes n’étaient pas un grec spécial inventé par les auteurs bibliques : elles appartenaient simplement à la langue grecque courante de l’époque. Cela constitue l’un des arguments les plus solides en faveur de l’identification du grec néotestamentaire avec la koinè.

04

Mais la koinè n’est pas un grec uniforme

Il faut cependant éviter une simplification. Dire que le Nouveau Testament est écrit en koinè ne signifie pas que tous les auteurs écrivent de la même manière. Il existe, comme dans toutes les langues, plusieurs niveaux de langue.

Un auteur peut employer une langue très proche de la conversation courante. Un autre peut écrire de manière extrêmement travaillée, avec des constructions complexes, un vocabulaire recherché et un style littéraire élaboré.

C’est exactement ce que l’on observe dans le Nouveau Testament. Marc possède souvent un style direct, vivant, parfois très simple dans sa construction. Il utilise fréquemment des enchaînements narratifs rapides. Luc, au contraire, est capable d’une langue beaucoup plus littéraire. Le début de son Évangile, notamment Luc 1.1-4, possède une construction sophistiquée qui rappelle les préfaces d’historiens ou d’auteurs grecs cultivés. L’épître aux Hébreux présente également un grec particulièrement travaillé. Paul, lui aussi, utilise parfois des constructions extrêmement complexes. Certaines de ses phrases s’étendent sur plusieurs versets, avec une succession de propositions, de participes, de compléments et de constructions grammaticales enchâssées.

Tout cela reste pourtant de la koinè. Autrement dit, il faut distinguer deux choses : la période linguistique à laquelle appartient le grec utilisé ; et le niveau stylistique de l’auteur. Un texte peut être écrit en koinè tout en possédant un style littéraire élevé.

05

Peut-on encore trouver du grec classique dans le Nouveau Testament ?

Oui, au sens où certains mots, certaines constructions ou certaines expressions héritées de la langue classique continuent naturellement d’exister.

Il faut toutefois être précis. Un auteur du Ier siècle ne « passe » pas nécessairement du grec koinè au grec classique comme s’il changeait de langue. Il utilise plutôt la langue de son époque, mais cette langue conserve une grande partie de l’héritage classique. Certains auteurs peuvent aussi rechercher volontairement un style plus classique. Dans la littérature grecque de l’époque romaine, il existe même un mouvement appelé l’atticisme : certains écrivains cherchent consciemment à imiter la langue attique classique.

Cela montre que le grec classique demeure un modèle culturel et littéraire. Le Nouveau Testament, cependant, ne relève pas globalement de cet atticisme strict. Il appartient bien à la koinè, mais une koinè capable de conserver ou de reprendre des éléments plus anciens.

06

Une troisième influence : la Septante

Pour comprendre le grec du Nouveau Testament, il faut ajouter un élément fondamental : la Septante. La Septante est la traduction grecque de l’Ancien Testament réalisée plusieurs siècles avant Jésus-Christ.

Les premiers chrétiens connaissaient largement les Écritures sous cette forme grecque. Beaucoup d’auteurs du Nouveau Testament citent directement la Septante ou utilisent un vocabulaire profondément marqué par elle.

Cela entraîne un phénomène particulièrement intéressant. Des mots grecs qui avaient déjà un sens dans le monde grec peuvent recevoir, dans la Septante, une coloration nouvelle parce qu’ils servent à traduire des notions hébraïques.

Par exemple, un mot grec peut posséder un champ de sens relativement large dans la littérature classique, puis devenir particulièrement associé à une notion biblique lorsqu’il est utilisé systématiquement pour traduire un terme hébreu. Le vocabulaire du Nouveau Testament se trouve donc à la rencontre de plusieurs univers :

  • le grec classique hérité des siècles précédents ;
  • la koinè réellement parlée et écrite à l’époque ;
  • le grec de la Septante ;
  • la pensée hébraïque ou sémitique qui se trouve parfois derrière certaines expressions ;
  • et enfin le style personnel de chaque auteur.

C’est ce mélange qui rend l’étude du grec du Nouveau Testament particulièrement riche.

07

Pourquoi comparer un mot du Nouveau Testament avec les auteurs classiques ?

Lorsqu’un mot apparaît très peu dans le Nouveau Testament, parfois seulement une fois ou deux, une difficulté apparaît immédiatement. Comment déterminer précisément ce qu’il signifie ?

Si l’on ne possède qu’un seul exemple dans le Nouveau Testament, le Nouveau Testament lui-même ne suffit pas toujours pour définir le mot. Il faut alors élargir l’enquête. On peut regarder son emploi dans la Septante, dans les auteurs hellénistiques, dans les papyrus, les inscriptions, les documents administratifs, chez Philon, Josèphe, les historiens grecs, les philosophes, puis éventuellement chez les auteurs classiques. Cette démarche est non seulement légitime, mais souvent indispensable.

Les auteurs classiques peuvent montrer comment un mot s’est construit historiquement, quelles images lui étaient associées, quelles nuances il possédait, et dans quels contextes il pouvait être employé. Mais il faut comprendre ce que cette comparaison peut réellement apporter. Elle montre le champ sémantique possible du mot. Elle ne détermine pas automatiquement son sens dans le Nouveau Testament.

08

Le champ sémantique d’un mot

Un mot possède rarement un seul sens. Prenons un mot français comme « grâce ». Il peut désigner l’élégance d’un mouvement : « elle marche avec grâce ». Il peut désigner une faveur accordée : « obtenir une grâce présidentielle ». Il peut avoir un sens théologique : « la grâce de Dieu ». Il peut même entrer dans des expressions où son sens est différent. Le mot reste le même, mais son sens dépend du contexte.

Il en va exactement de même en grec. Lorsqu’on étudie un mot grec chez plusieurs auteurs, on cherche donc son champ sémantique, c’est-à-dire l’ensemble des sens et nuances qu’il peut posséder. L’étude des auteurs classiques peut nous aider à dessiner ce champ. Mais ensuite, il faut revenir au passage biblique pour déterminer quelle partie de ce champ est réellement active.

09

Le danger de vouloir mettre tous les sens dans un seul verset

C’est une erreur fréquente dans l’étude des mots bibliques. On découvre qu’un mot grec possède cinq significations différentes dans la littérature grecque, puis on veut faire entrer ces cinq significations dans le verset étudié. Mais un auteur n’emploie généralement pas toutes les significations possibles d’un mot en même temps. Le contexte sélectionne le sens.

Il peut parfois exister une ambiguïté volontaire ou un jeu de mots, mais cela doit être démontré par le texte lui-même. Il faut donc toujours distinguer : le sens possible d’un mot dans la langue grecque ; et le sens probable ou voulu dans le passage précis. Cette distinction est essentielle pour éviter les interprétations artificielles.

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Le danger de l’étymologie

Une autre prudence concerne l’étymologie. Étudier l’origine d’un mot peut être extrêmement intéressant. Cela permet de comprendre comment il s’est formé et parfois pourquoi certaines images lui sont associées. Mais l’étymologie ne définit pas automatiquement le sens d’un mot à une époque donnée.

Les langues évoluent. En français, par exemple, le mot « formidable » vient d’un terme qui signifiait autrefois quelque chose qui provoque la peur. Aujourd’hui, lorsqu’on dit qu’un repas est « formidable », personne ne pense nécessairement à quelque chose de terrifiant.

De même en grec. Le sens d’une racine ancienne peut être éclairant, mais ce qui compte finalement est l’usage réel du mot à l’époque du texte. L’étymologie peut donc enrichir l’interprétation. Elle ne doit jamais la gouverner seule.

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Plus un texte est proche chronologiquement, plus il est précieux

Lorsqu’on cherche à comprendre un mot du Nouveau Testament, une règle de méthode est particulièrement utile : commencer par les documents les plus proches du Nouveau Testament.

On peut ainsi procéder en cercles concentriques. D’abord, le contexte immédiat du passage. Ensuite, les autres emplois du même mot chez le même auteur. Puis les autres emplois dans le Nouveau Testament. Ensuite la Septante. Puis les auteurs juifs hellénistiques comme Philon ou Josèphe. Puis les papyrus, inscriptions et autres documents de l’époque hellénistique et romaine. Ensuite les auteurs grecs hellénistiques. Enfin, lorsqu’il est utile de remonter plus loin, les auteurs classiques. Cela ne signifie pas que les auteurs classiques sont moins intéressants. Ils sont souvent essentiels pour comprendre l’histoire profonde du mot. Mais un emploi datant du Ier siècle est normalement plus pertinent pour comprendre un auteur du Ier siècle qu’un emploi datant du Ve siècle avant Jésus-Christ.

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La comparaison avec le grec classique reste pourtant précieuse

Il ne faudrait donc pas tomber dans l’excès inverse et considérer le grec classique comme inutile. Bien au contraire.

Lorsqu’un mot possède une longue histoire, les auteurs classiques permettent souvent de voir apparaître son noyau sémantique. Ils montrent quelles images étaient associées au terme, quels contrastes existaient avec d’autres mots proches, quelles nuances philosophiques, politiques, sociales ou religieuses il pouvait posséder. On découvre parfois qu’une expression utilisée par Paul possède une histoire de plusieurs siècles.

Cette histoire ne détermine pas automatiquement le sens chez Paul, mais elle peut enrichir considérablement notre compréhension. C’est particulièrement vrai lorsque Paul emploie des mots qui possèdent déjà une forte charge philosophique ou culturelle dans le monde grec.

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La question centrale : que voulait dire l’auteur ?

Toutes ces recherches ont finalement un objectif unique. Il ne s’agit pas de montrer combien un mot peut signifier de choses. Il s’agit de comprendre ce que l’auteur voulait communiquer à ses lecteurs. Pour cela, le contexte reste toujours le juge principal.

La syntaxe, les prépositions, les cas grammaticaux, les temps verbaux, les participes, les parallélismes, les oppositions, le développement logique du passage : tous ces éléments doivent être considérés. Un dictionnaire donne des possibilités. Le contexte choisit parmi ces possibilités.

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Une méthode particulièrement adaptée au Nouveau Testament

Lorsqu’on étudie un mot grec du Nouveau Testament, une méthode équilibrée pourrait donc être la suivante. On commence par identifier précisément la forme grecque : lemme, cas, genre, nombre, temps verbal, mode, voix, etc. On examine ensuite le contexte immédiat. Puis on recherche les autres emplois du même mot chez le même auteur. On regarde ensuite le reste du Nouveau Testament.

Puis la Septante, afin de voir si le mot appartient à un vocabulaire biblique particulier. On examine ensuite la koinè contemporaine : papyrus, inscriptions, littérature hellénistique et romaine. Enfin, on remonte aux auteurs classiques lorsque cela permet de comprendre l’origine ou l’évolution du champ sémantique. L’étymologie peut également être étudiée, mais toujours comme un élément complémentaire.

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Appliquer cette méthode à Paul et à Colossiens

Cette approche est particulièrement intéressante pour l’épître aux Colossiens. Paul utilise parfois des mots théologiquement très denses. Certains existaient depuis longtemps dans le monde grec, mais ils se trouvent transformés ou réorientés par leur emploi biblique.

Un mot peut avoir eu une signification chez Platon, connaître une évolution dans la koinè, être utilisé dans la Septante pour traduire une notion hébraïque, puis être repris par Paul dans un contexte christologique. Dans un tel cas, l’étude devient véritablement historique. On peut suivre le mot presque comme on suivrait le cours d’une rivière. Il possède une source ancienne. Il traverse différentes régions linguistiques. Il reçoit des affluents. Et lorsqu’il arrive chez Paul, il porte parfois avec lui une partie de cette histoire.

Mais il ne faut jamais confondre toute l’histoire du mot avec son sens précis dans le verset. L’histoire explique le paysage. Le contexte détermine l’endroit exact où nous nous trouvons.

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Une distinction essentielle pour éviter deux erreurs opposées

Deux erreurs doivent donc être évitées. La première serait de dire : « Ce mot signifie cela chez Platon, donc il signifie nécessairement la même chose chez Paul. » Cette conclusion serait trop rapide. La seconde serait de dire : « Paul écrit en koinè, donc ce que les auteurs classiques disent de ce mot n’a aucune importance. » Cette conclusion serait également trop radicale.

La bonne démarche consiste à reconnaître la continuité de la langue tout en respectant son évolution. Le grec du Nouveau Testament n’est ni isolé du grec ancien, ni identique au grec classique. Il appartient à une histoire linguistique.

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Conclusion

Le Nouveau Testament est bien écrit principalement en grec koinè, c’est-à-dire dans la langue commune du monde hellénistique et romain. Mais cette koinè est héritière du grec classique. Elle conserve une grande partie de son vocabulaire, de ses structures et de son univers culturel. Les auteurs du Nouveau Testament écrivent en outre avec des niveaux de langue différents. Certains utilisent une langue très proche du grec courant, tandis que d’autres écrivent dans un registre plus littéraire. À cela s’ajoute l’influence considérable de la Septante et, derrière elle, celle de la pensée hébraïque.

Étudier un mot du Nouveau Testament demande donc de considérer plusieurs niveaux simultanément : son histoire dans le grec ancien, son usage dans la koinè, son emploi dans la Septante, sa présence chez les auteurs contemporains et enfin son rôle précis dans le texte biblique étudié.

Comparer un mot du Nouveau Testament avec un auteur grec classique est donc parfaitement légitime. Cette comparaison devient particulièrement précieuse lorsque le mot est rare dans le Nouveau Testament. Mais elle doit toujours rester une comparaison historique et sémantique, jamais une simple équation.

Le grec classique nous aide à comprendre d’où vient le mot. La koinè nous aide à savoir ce qu’il pouvait signifier au temps du Nouveau Testament. La Septante nous montre comment il a pu recevoir une coloration biblique.

Et le contexte de l’auteur nous permet finalement de comprendre ce qu’il signifie réellement dans le passage étudié. C’est probablement là que se trouve la meilleure manière d’aborder le grec du Nouveau Testament : non pas comme une langue isolée, mais comme une langue vivante, héritière de plusieurs siècles d’histoire et devenue, entre les mains des auteurs bibliques, le véhicule d’une pensée profondément renouvelée.

ÉTUDE 02 • 12 min de lecture environ

Pourquoi étudier largement le grec pour comprendre le Nouveau Testament ?

Retrouver les mots dans leur monde

LE FIL CONDUCTEUR

L’étude du vocabulaire ne remplace jamais l’étude du texte. Elle la sert.

Du texte à l’histoire du mot

Commencer par la phrase

Observer le contexte, la syntaxe, les prépositions, les cas, les formes verbales, les oppositions et le raisonnement.

Pour un mot très rare, l’enquête sort plus vite du Nouveau Testament. Cet ordre guide la recherche ; il ne remplace pas l’examen du cas particulier.

L’étude complète

Sommaire de l’étude 16 sections
  1. Le grec du Nouveau Testament n’est pas isolé
  2. Reconstituer le champ sémantique
  3. Le contexte reste le maître
  4. Pourquoi les mots rares sont particulièrement intéressants
  5. Remonter jusqu’au grec classique
  6. Les dictionnaires spécialisés du Nouveau Testament
  7. Les papyrus : entendre le grec quotidien
  8. La Septante : un passage incontournable
  9. La grammaire est aussi importante que le dictionnaire
  10. L’étymologie : utile, mais sous contrôle
  11. Une enquête en cercles concentriques
  12. Une recherche fouillée ne signifie pas une recherche compliquée
  13. Ni enfermer le Nouveau Testament, ni le dissoudre
  14. L’objectif : comprendre avant d’interpréter
  15. Quelques outils de référence
  16. Une règle de travail

Étudier le Nouveau Testament dans le texte grec ne consiste pas simplement à remplacer un mot français par son équivalent grec. L’intérêt véritable commence lorsque l’on cherche à comprendre comment ce mot fonctionnait dans la langue de ceux qui l’employaient.

Lorsque Paul écrit une lettre, il ne crée pas une langue nouvelle. Il utilise des mots qui ont déjà une histoire. Certains sont employés depuis plusieurs siècles. Ils ont été utilisés par des poètes, des historiens, des philosophes, des commerçants, des soldats, des magistrats. On les retrouve dans les inscriptions, les papyrus, les contrats et les correspondances privées. Certains ont également été employés par les traducteurs grecs de l’Ancien Testament dans la Septante.

Lorsque Paul reprend l’un de ces mots, il le reçoit donc avec tout un arrière-plan linguistique.

C’est là que l’étude du grec devient passionnante : elle permet de replacer le vocabulaire biblique dans le monde dans lequel il était réellement entendu.

01

Le grec du Nouveau Testament n’est pas isolé

Le Nouveau Testament appartient principalement au grec koinè, la langue commune du monde hellénistique et romain. Mais cette koinè ne surgit pas de nulle part. Elle est l’héritière du grec des siècles précédents.

Il existe donc une continuité entre le grec classique et le grec du Nouveau Testament. Les formes grammaticales évoluent, certains mots changent légèrement de sens, certains emplois deviennent plus fréquents et d’autres disparaissent progressivement. Cependant, une grande partie du vocabulaire demeure.

C’est pourquoi il est parfaitement légitime, lorsqu’on rencontre un mot chez Paul, de rechercher son emploi dans une littérature grecque plus ancienne. Mais cette recherche doit être menée avec intelligence.

Le but n’est pas de dire : « Platon utilise ce mot de cette manière ; Paul veut donc forcément dire la même chose. » Le véritable raisonnement est beaucoup plus subtil : « Voici comment ce mot a été employé au cours de l’histoire du grec. Voyons maintenant quelle partie de ce champ de significations peut raisonnablement éclairer son emploi chez Paul. ». Cette nuance change tout.

02

Reconstituer le champ sémantique

L’un des grands intérêts de cette recherche est de reconstruire ce que l’on appelle le champ sémantique d’un mot. Un mot n’est généralement pas enfermé dans une définition unique. Il possède un ensemble de significations possibles, parfois reliées entre elles par une idée centrale.

L’étude lexicale cherche donc à répondre à plusieurs questions :

  • Que pouvait signifier ce mot ?
  • Dans quelles situations l’employait-on ?
  • Avec quels autres mots était-il associé ?
  • Possédait-il un usage philosophique, politique, militaire, juridique, religieux ou quotidien ?
  • Son sens a-t-il évolué entre l’époque classique et l’époque hellénistique ?
  • La Septante l’a-t-elle utilisé pour traduire un terme hébreu particulier ?
  • Paul l’emploie-t-il de la même manière que ses contemporains, ou lui donne-t-il une orientation particulière ?

Ces questions permettent progressivement de dessiner le périmètre du mot. Mais ce périmètre n’est encore que le domaine des possibilités. Il faut ensuite revenir au texte.

03

Le contexte reste le maître

C’est certainement l’une des règles les plus importantes de toute étude lexicale sérieuse : le dictionnaire propose ; le contexte dispose.

Un dictionnaire peut nous montrer qu’un mot possède cinq, six ou dix emplois possibles. Cela ne signifie pas que l’auteur active toutes ces significations lorsqu’il l’utilise.

Le contexte immédiat, la phrase, la syntaxe, la construction grammaticale, les prépositions, les compléments, les oppositions et le raisonnement de l’auteur permettent de déterminer quelle signification est la plus probable.

L’étude du vocabulaire ne remplace donc jamais l’étude du texte. Elle la sert.

04

Pourquoi les mots rares sont particulièrement intéressants

Cette méthode devient encore plus importante lorsqu’un terme apparaît très rarement dans le Nouveau Testament. Si un mot n’est employé qu’une ou deux fois, il devient difficile d’établir sa signification uniquement à partir du corpus néotestamentaire. Dans ce cas, il est indispensable d’élargir le champ de recherche. On peut examiner :

  • le même mot dans la Septante ;
  • les auteurs juifs hellénistiques comme Philon ou Josèphe ;
  • les papyrus et les inscriptions ;
  • les auteurs grecs contemporains du Nouveau Testament ;
  • les auteurs hellénistiques antérieurs ;
  • et, si cela est pertinent, les auteurs classiques.

Cette recherche permet parfois de découvrir que le mot que nous pensions être « spécialement biblique » était parfaitement courant dans un contexte administratif, militaire, économique ou familial.

Inversement, elle peut montrer qu’un terme possédait déjà une profondeur philosophique ou culturelle avant son emploi dans le Nouveau Testament.

05

Remonter jusqu’au grec classique

Les grands dictionnaires de grec ancien, comme le Bailly en français ou le Liddell-Scott-Jones en anglais, sont précisément précieux parce qu’ils permettent de suivre les mots dans une immense partie de la littérature grecque.

Le LSJ est depuis longtemps l’un des grands ouvrages de référence de la lexicographie grecque ancienne et rassemble les emplois provenant de nombreux auteurs et périodes.

Le Bailly joue un rôle comparable pour le lecteur francophone.

Ces ouvrages ne sont donc pas inutiles pour l’étude du Nouveau Testament sous prétexte qu’ils s’intéressent largement au grec classique. Au contraire, ils permettent souvent de découvrir l’histoire d’un mot. Mais il faut savoir ce qu’on leur demande.

Le Bailly ou le LSJ permettent notamment de répondre à la question : « Qu’a pu signifier ce mot dans l’histoire de la langue grecque ? ». Ils ne suffisent pas toujours pour répondre à la question : « Que signifie précisément ce mot dans Colossiens 1 ? »

Pour cette deuxième question, d’autres outils doivent entrer en jeu.

06

Les dictionnaires spécialisés du Nouveau Testament

Un lexique comme le BDAG — A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature, issu des travaux de Walter Bauer et profondément révisé par Frederick William Danker — est particulièrement important parce qu’il concentre l’analyse sur le grec du Nouveau Testament et de la littérature chrétienne ancienne, tout en tenant compte de nombreux parallèles classiques, intertestamentaires, papyrologiques et épigraphiques. L’édition de Danker comporte d’ailleurs des dizaines de milliers de références à des sources extérieures au Nouveau Testament.

C’est exactement l’équilibre qui nous intéresse. Le texte biblique n’est pas isolé de la littérature grecque environnante, mais il n’est pas non plus dissous dans celle-ci. Il faut constamment faire dialoguer les corpus.

07

Les papyrus : entendre le grec quotidien

La découverte des papyrus a constitué une étape décisive dans l’étude du Nouveau Testament. Une lettre privée, une facture, un contrat ou une pétition peuvent paraître bien éloignés de la théologie de Paul. Pourtant, linguistiquement, ces documents sont extrêmement précieux. Ils nous montrent comment les hommes et les femmes de cette époque utilisaient réellement certains mots. Ils permettent parfois de comprendre qu’une expression que l’on croyait très particulière au Nouveau Testament appartenait en réalité au vocabulaire courant.

Des ouvrages comme The Vocabulary of the Greek Testament Illustrated from the Papyri and Other Non-Literary Sources, de James Hope Moulton et George Milligan, ont précisément cherché à exploiter cette documentation.

Cela rappelle une règle fondamentale : pour comprendre un texte ancien, il ne faut pas seulement lire les grands auteurs. Il faut aussi écouter la langue de la rue, des maisons, des tribunaux et des marchés.

08

La Septante : un passage incontournable

Pour le Nouveau Testament, la Septante occupe une place particulière. Elle est chronologiquement relativement proche et surtout culturellement déterminante. Les auteurs du Nouveau Testament connaissent profondément les Écritures grecques. Cela signifie qu’un mot grec peut avoir une longue histoire dans la littérature classique, puis avoir été choisi dans la Septante pour traduire un concept hébraïque.

À partir de ce moment-là, le mot peut recevoir une coloration biblique supplémentaire. Lorsqu’un auteur comme Paul emploie ce terme, plusieurs couches peuvent donc se rencontrer :

  • le sens grec traditionnel ;
  • l’usage courant de la koinè ;
  • l’usage biblique de la Septante ;
  • et le contexte théologique propre à Paul.

C’est pourquoi il serait imprudent de choisir entre « grec » et « hébreu » comme s’il fallait forcément éliminer l’un au profit de l’autre. L’histoire du vocabulaire biblique est précisément faite de ces rencontres.

09

La grammaire est aussi importante que le dictionnaire

Une étude sérieuse ne peut toutefois pas s’arrêter aux mots. La signification d’une phrase dépend aussi de sa grammaire.

  • Pourquoi Paul choisit-il ici un génitif ?
  • Pourquoi utilise-t-il cette préposition ?
  • Pourquoi ce verbe est-il à l’aoriste et non au présent ?
  • Pourquoi utilise-t-il un participe ?
  • Quel élément dépend de quel autre ?
  • Quelle proposition est principale et laquelle est subordonnée ?

L’un des ouvrages classiques pour cette recherche est le Blass-Debrunner-Funk, généralement appelé BDF, A Greek Grammar of the New Testament and Other Early Christian Literature. Il s’inscrit précisément dans l’étude grammaticale du grec néotestamentaire et de la littérature chrétienne ancienne.

Ainsi, le lexique nous aide à comprendre les mots, mais la syntaxe nous indique comment l’auteur les a assemblés pour produire du sens.

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L’étymologie : utile, mais sous contrôle

Il est également intéressant d’étudier les racines et l’étymologie. Cela peut parfois révéler l'image ancienne à partir de laquelle un mot s’est développé. Mais il faut être extrêmement prudent.

Le sens originel d’un mot n’est pas nécessairement son sens plusieurs siècles plus tard. Une langue vit. Les significations se déplacent. Une étymologie peut donc expliquer l’histoire d’un mot ; elle ne doit pas être utilisée comme preuve automatique de ce que Paul avait nécessairement en tête.

L’étymologie devient particulièrement intéressante lorsqu’un usage ancien reste encore perceptible dans les textes contemporains du Nouveau Testament. Dans ce cas, elle n’est plus seulement une curiosité historique : elle peut véritablement éclairer le passage.

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Une enquête en cercles concentriques

Pour une étude approfondie d’un mot de Paul, on pourrait imaginer la recherche comme une série de cercles autour du texte. Au centre se trouve le verset. Autour de lui vient le paragraphe. Puis l’épître entière. Puis les autres écrits pauliniens. Puis le Nouveau Testament. Puis la Septante et la littérature juive hellénistique. Puis la koinè contemporaine, notamment les papyrus et inscriptions. Puis la littérature hellénistique. Et enfin, lorsque cela apporte quelque chose, la littérature classique et plus ancienne.

Plus on s’éloigne du texte, plus il faut être prudent. Mais plus on élargit la recherche, plus on peut découvrir l’histoire et les possibilités du mot. C’est précisément l’équilibre entre ces deux mouvements qui fait la qualité de l’analyse : élargir suffisamment pour comprendre le mot ; revenir suffisamment au texte pour ne pas le déformer.

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Une recherche fouillée ne signifie pas une recherche compliquée

Il peut sembler qu’une telle méthode complique énormément l’étude biblique. En réalité, son but est exactement inverse. Elle cherche à éliminer progressivement les interprétations fragiles. Une recherche approfondie ne consiste pas à accumuler des dizaines de significations pour impressionner le lecteur. Elle consiste à examiner beaucoup de possibilités afin de pouvoir finalement dire avec davantage de simplicité : « Dans ce passage, voici probablement ce que Paul veut dire, et voici pourquoi. »

La profondeur de la recherche doit conduire à la clarté de l’interprétation. C’est peut-être l’un des meilleurs critères d’une bonne exégèse.

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Ni enfermer le Nouveau Testament, ni le dissoudre

Deux excès sont possibles.

Le premier serait d’isoler complètement le grec biblique : « Ce texte est inspiré ; son vocabulaire doit donc être compris uniquement à l’intérieur de la Bible. ». L’inspiration du texte ne change pourtant pas le fait que ses auteurs utilisent une véritable langue humaine, avec son histoire et ses usages.

L’autre excès serait de traiter Paul exactement comme n’importe quel auteur grec et d’ignorer complètement la Septante, l’Ancien Testament et la pensée biblique. Ce serait tout aussi réducteur.

La bonne méthode tient les deux réalités ensemble. Paul appartient pleinement au monde linguistique grec de son époque. Mais il appartient également profondément au monde biblique juif. Son vocabulaire se trouve souvent au croisement de ces deux univers.

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L’objectif : comprendre avant d’interpréter

Cette démarche possède finalement une vertu essentielle : elle oblige l’interprète à écouter avant de conclure. Avant de demander : « Que signifie ce verset pour moi ? », on commence par demander : « Que pouvait signifier cette phrase pour celui qui l’a écrite et pour ceux qui l’ont entendue ? ». L’analyse linguistique devient alors une discipline d’humilité. Elle nous oblige parfois à abandonner une belle interprétation parce que la langue ne la permet pas. Mais elle peut également révéler une profondeur que la traduction française ne pouvait pas entièrement restituer. Dans les deux cas, elle nous rapproche du texte.

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Quelques outils de référence

Une bibliothèque équilibrée pour ce type de recherche pourrait notamment comporter :

Anatole Bailly, Dictionnaire grec-français : particulièrement précieux pour l’histoire du vocabulaire et les nombreux emplois dans la littérature grecque ancienne.

H. G. Liddell, R. Scott et H. S. Jones, A Greek-English Lexicon (LSJ) : grand lexique historique du grec ancien, particulièrement utile pour suivre les usages d’un mot dans différents auteurs et différentes périodes.

Walter Bauer / Frederick W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG) : indispensable pour replacer les mots du Nouveau Testament dans leur environnement grec et chrétien ancien.

James Hope Moulton et George Milligan, The Vocabulary of the Greek Testament Illustrated from the Papyri and Other Non-Literary Sources : précieux pour comparer le vocabulaire du Nouveau Testament avec celui des papyrus et documents de la vie courante.

Johannes P. Louw et Eugene A. Nida, Greek-English Lexicon of the New Testament Based on Semantic Domains : particulièrement intéressant pour étudier les mots par domaines sémantiques et comparer des termes proches.

Friedrich Blass, Albert Debrunner et Robert W. Funk, A Greek Grammar of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDF) : référence majeure pour la grammaire et la syntaxe du grec néotestamentaire.

Daniel B. Wallace, Greek Grammar Beyond the Basics : utile pour l’analyse détaillée des cas, des participes, des temps et des constructions syntaxiques du Nouveau Testament.

Des lexiques de la Septante, indispensables lorsque l’emploi néotestamentaire semble dépendre de l’usage grec de l’Ancien Testament.

Enfin, lorsque cela est possible, les textes eux-mêmes : Septante, papyrus, inscriptions, Philon, Josèphe, auteurs hellénistiques et classiques. Aucun dictionnaire ne remplace complètement l’observation d’un mot dans son contexte réel.

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Une règle de travail

On pourrait finalement résumer toute la démarche dans une formule : Chercher largement, comparer prudemment, interpréter contextuellement.

  • Chercher largement, parce qu’un mot du Nouveau Testament appartient à une histoire linguistique plus vaste.
  • Comparer prudemment, parce qu’un emploi chez Homère, Platon ou Aristote ne peut pas être transposé automatiquement plusieurs siècles plus tard.
  • Interpréter contextuellement, parce qu’en définitive ce n’est ni le Bailly, ni le LSJ, ni le BDAG qui décide seul du sens du verset : c’est l’usage que l’auteur fait du mot dans sa phrase et dans son raisonnement.

C’est à cette condition que l’étude du grec ancien, du grec classique, de la koinè, de la Septante et des textes contemporains devient véritablement féconde pour l’étude biblique. Elle ne sert pas à compliquer le texte. Elle sert à l’écouter plus attentivement. Et lorsqu’elle est menée avec rigueur, intelligence et sagesse, elle peut nous permettre de distinguer ce que le texte pourrait vouloir dire de ce qu’il semble réellement vouloir dire.

C’est là tout l’intérêt d’une exégèse fouillée : non pas multiplier les interprétations, mais réduire progressivement l’incertitude afin de mieux entendre la pensée de l’auteur.

ÉTUDE 03 • 9 min de lecture environ

Quand faut-il consulter le grec ancien pour éclairer le Nouveau Testament ?

Méthode, prudence et discernement

LE FIL CONDUCTEUR

Plus on remonte loin dans l’histoire du mot, plus la démonstration doit être forte.

Comparer avec discernement

Un sens encore attesté

Le sens ancien est également attesté dans la koinè, la Septante, les papyrus ou des auteurs proches du Nouveau Testament.

Il peut contribuer à établir le sens, avec le contexte et la syntaxe.

L’étude complète

Sommaire de l’étude 12 sections
  1. Le principe de base : le sens actuel avant l’origine du mot
  2. Mais cela ne signifie absolument pas qu’il faut abandonner le grec classique
  3. Quand la recherche des racines devient réellement intéressante
  4. Le critère le plus important : existe-t-il un « pont » entre le grec classique et Paul ?
  5. L’âge du témoignage n’est cependant pas le seul critère
  6. Une méthode pour chaque mot important
  7. Et pour un mot très rare, nous modifions légèrement la méthode
  8. Quand il vaut mieux ne pas faire intervenir la racine
  9. Inversement, certains indices doivent immédiatement nous faire approfondir l’histoire du mot
  10. Il faut également distinguer le mot du concept
  11. Cela nous donne une sorte d’échelle de confiance
  12. Une formule pour guider l’étude

À quel moment l’histoire ancienne d’un mot constitue-t-elle une preuve pour comprendre le Nouveau Testament, et à quel moment n’est-elle plus qu’un renseignement historique intéressant ?

C’est là que la distinction entre synchronie et diachronie devient fondamentale.

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Le principe de base : le sens actuel avant l’origine du mot

Une analyse synchronique demande : « Que signifiait ce mot dans le grec utilisé au Ier siècle, dans ce type de phrase et ce type de contexte ? »

Une analyse diachronique demande : « D’où vient ce mot ? Que signifiait-il deux, trois ou cinq siècles auparavant ? Comment son sens a-t-il évolué ? »

Pour interpréter Paul, Jean ou Luc, la première question doit normalement avoir priorité sur la seconde.

James Barr a précisément attiré l’attention sur le danger de faire de l’étymologie ou de la « racine » d’un mot son véritable sens. Des travaux plus récents continuent à considérer cette distinction comme capitale en sémantique biblique. Moisés Silva, de son côté, consacre justement une partie importante de son ouvrage sur la sémantique lexicale à l’étymologie, au changement sémantique et à la détermination du sens.

Cela donne déjà une règle très forte : L'histoire d'un mot peut expliquer son parcours ; elle ne décide pas à elle seule de son sens au moment où Paul l'emploie.

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Mais cela ne signifie absolument pas qu’il faut abandonner le grec classique

Ce serait l’excès inverse. Le BDAG lui-même, qui est un lexique spécifiquement orienté vers le Nouveau Testament et la littérature chrétienne ancienne, mobilise abondamment la littérature grecque classique, intertestamentaire, les papyrus et l’épigraphie. Sa troisième édition contient des dizaines de milliers de références extérieures au Nouveau Testament. Autrement dit, les grands lexicographes du Nouveau Testament font exactement ce que nous envisageons : ils regardent au-delà du Nouveau Testament pour comprendre les mots du Nouveau Testament.

Le problème n’est donc pas : « Faut-il consulter le grec classique ? » La réponse est oui. La vraie question est : « Quelle valeur probante donner à ce que l’on trouve ? » Trois niveaux permettent de le préciser.

Quelle valeur donner au sens ancien ?
SituationJugementComment l’utiliser
Le sens ancien est encore attesté dans la koinè, la Septante, les papyrus ou des auteurs proches du NTFeu vertLe grec ancien aide réellement à établir le sens
Le sens existe chez les classiques mais les témoins intermédiaires sont rares ou ambigusFeu orangeOn le présente comme une possibilité ou une résonance, puis on teste le contexte
Le sens repose uniquement sur une vieille étymologie ou sur les composants du mot, sans preuve d’usage au Ier siècleFeu rougeOn peut le mentionner comme histoire du mot, mais pas en tirer l’interprétation du verset

La zone orange correspond à un niveau intermédiaire : une piste à examiner, sans en faire une preuve.

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Quand la recherche des racines devient réellement intéressante

Il faut ici distinguer étymologie et morphologie vivante.

Supposons qu’un mot soit composé de deux éléments grecs. Il ne suffit pas de découper mécaniquement ces deux parties et d’additionner leurs significations. C’est la fameuse erreur que l’on rencontre parfois avec ἐκκλησία — ekklēsia. On rapproche ἐκ, « hors de », et καλέω, « appeler », puis on explique que ἐκκλησία signifie essentiellement « les appelés hors de ».

Historiquement, l’étymologie est intéressante. Mais au Ier siècle, ἐκκλησία est un mot déjà constitué qui signifie une assemblée ou une communauté réunie. Dans Actes 19, le terme peut même désigner une assemblée non chrétienne. L'étymologie ne constitue donc pas la définition du mot dans chaque occurrence.

C'est exactement le type de raisonnement contre lequel les travaux de sémantique lexicale mettent en garde.

En revanche, la composition du mot devient beaucoup plus pertinente si l’auteur lui-même semble jouer avec elle. Par exemple, si Paul place à proximité plusieurs mots construits sur la même racine, établit un contraste ou produit un jeu verbal perceptible, nous avons une raison textuelle de penser que la structure du mot est encore active dans son raisonnement. Voilà une différence capitale : « Le mot peut être décomposé étymologiquement » n’est pas suffisant. Mais : « Paul semble exploiter cette composition dans la phrase » devient une véritable donnée exégétique.

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Le critère le plus important : existe-t-il un « pont » entre le grec classique et Paul ?

Un principe essentiel consiste à rechercher une continuité historique entre les usages comparés.

Supposons que nous découvrions chez Platon, au IVe siècle av. J.-C., un sens particulièrement intéressant pour un mot de Colossiens. Nous ne devrions pas immédiatement écrire : « Platon emploie ce terme avec le sens X ; donc Paul signifie X. » Nous devrions chercher le pont historique :

Platon → auteurs hellénistiques → Septante → papyrus/inscriptions → auteurs du Ier siècle → Paul.

Nous n’aurons évidemment pas toujours tous les maillons. Mais plus nous retrouvons ce sens dans les siècles intermédiaires, plus notre argument devient solide. Et s’il disparaît complètement pendant trois siècles pour ne se trouver que chez un auteur classique ancien, alors il faut devenir beaucoup plus prudent. C’est une manière extrêmement concrète de mesurer la valeur d’une comparaison.

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L’âge du témoignage n’est cependant pas le seul critère

Il y a une nuance importante. Un texte du Ve siècle av. J.-C. peut parfois être plus pertinent qu’un papyrus du Ier siècle si les deux textes appartiennent au même domaine spécialisé. Imaginons un terme technique militaire. Un auteur militaire ancien utilisant précisément ce terme dans le même type de construction peut être extrêmement intéressant.

De même pour le vocabulaire juridique, médical, philosophique, commercial ou politique. Il faut donc croiser deux axes : proximité chronologique et proximité contextuelle.

Un témoignage est particulièrement fort lorsqu’il est à la fois proche dans le temps et proche par son domaine d’emploi.

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Une méthode pour chaque mot important

Pour étudier un mot important, on peut suivre cet ordre :

Commencer par la phrase elle-même. Quelle est la syntaxe ? Quel cas ? Quelle préposition ? Quels mots entourent le terme ? À quoi s’oppose-t-il ?

Regarder le même auteur. Paul utilise-t-il ce lemme ailleurs ? Et dans quel sens ?

Regarder le Nouveau Testament, en distinguant cependant les auteurs et les genres littéraires.

Interroger la Septante, particulièrement lorsque le contexte de Paul possède un arrière-plan biblique manifeste.

Examiner la koinè contemporaine : papyrus, inscriptions, Philon, Josèphe, littérature hellénistique et romaine.

Remonter au grec classique : Platon, Aristote, Xénophon, historiens, philosophes, etc., afin d’établir l’histoire et l’étendue du champ sémantique.

Examiner l’étymologie et les racines, mais comme dernier éclairage : elles deviennent exégétiquement importantes seulement si l’usage ultérieur ou le texte lui-même montre qu’elles sont encore perceptibles.

Cet ordre est important : l’étymologie arrive à la fin et non au début. C’est presque l’inverse de certaines études bibliques populaires où l’on commence par démonter le mot grec pour ensuite construire toute une prédication dessus.

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Et pour un mot très rare, nous modifions légèrement la méthode

Supposons maintenant que Paul utilise un mot une seule fois et qu'il soit presque absent de tout le Nouveau Testament. Là, évidemment, nous ne pouvons pas suivre longtemps les premières étapes. Nous devons beaucoup plus vite sortir du Nouveau Testament.

Dans ce cas, le Bailly et le LSJ prennent davantage d’importance, mais également les papyrus, la Septante, les inscriptions et la littérature grecque environnante. C’est exactement l’une des raisons pour lesquelles un grand lexique comme le LSJ reste utile aux études du Nouveau Testament ; les chercheurs ont d’ailleurs étudié spécifiquement la manière dont le LSJ traite le vocabulaire néotestamentaire.

Pour un hapax, la littérature extérieure n’est donc pas une curiosité : elle peut devenir indispensable.

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Quand il vaut mieux ne pas faire intervenir la racine

Imaginez que le contexte soit parfaitement clair. Le mot est utilisé cinquante fois au Ier siècle avec un sens donné. Paul l’utilise lui-même dix fois avec ce sens. La Septante l’utilise également de cette façon. Et quelqu’un découvre qu’au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, la racine du mot évoquait une image tout à fait différente. Cette ancienne racine n'a pratiquement aucune valeur pour interpréter le passage. Elle peut être intéressante dans une petite note intitulée « histoire du mot ». Mais elle ne doit pas entrer dans l’explication principale. C’est là qu’il faut savoir renoncer à une découverte séduisante.

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Inversement, certains indices doivent immédiatement nous faire approfondir l’histoire du mot

Si le mot est exceptionnellement rare, si sa signification dans le passage est contestée, si plusieurs traductions modernes divergent fortement, si Paul semble jouer sur plusieurs termes apparentés, si la Septante utilise le mot dans un passage auquel Paul semble faire allusion, ou si le terme appartient à un domaine culturel très précis, alors l’enquête diachronique devient beaucoup plus importante.

Dans ces cas-là, le grec classique peut réellement débloquer quelque chose.

Mais encore une fois, nous cherchons ensuite à savoir si cette information ancienne a survécu jusqu’à l’époque de Paul.

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Il faut également distinguer le mot du concept

C’est un autre principe très important mis en lumière par Barr : un concept théologique ne réside pas nécessairement dans un seul mot. Confondre « mot » et « concept » peut conduire à surcharger lexicalement un terme.

Prenons un exemple simple. Pour étudier la notion biblique de « réconciliation », il ne suffit pas de prendre un mot grec correspondant et de faire son étymologie. Paul peut développer cette idée avec plusieurs mots, plusieurs verbes, des images, des propositions complètes.

La théologie réside souvent dans les phrases et les raisonnements, pas à l’intérieur de la racine d'un mot. C’est extrêmement important.

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Cela nous donne une sorte d’échelle de confiance

Les analyses grecques peuvent être présentées selon plusieurs degrés de confiance :

Très forte confiance : contexte + syntaxe + emplois de Paul + koinè contemporaine convergent.

Forte confiance : Septante et littérature hellénistique confirment également.

Intérêt sérieux mais prudent : emploi classique compatible et historiquement plausible.

Résonance possible : sens ancien intéressant mais sans preuve intermédiaire.

Simple étymologie : information historique, qui ne doit pas déterminer l’interprétation.

Et ce classement permet de dire au lecteur :

  • « Ceci est certain »,
  • « ceci est probable »,
  • « ceci est possible »,

ou simplement :

  • « ceci est intéressant, mais nous ne pouvons pas démontrer que Paul y pensait ».

Cette dernière catégorie est essentielle. Tout ce qui est intéressant n’est pas forcément exégétique.

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Une formule pour guider l’étude

La démarche peut se résumer ainsi :

Le sens d’un mot dans le Nouveau Testament se détermine d’abord par son usage au temps de l’auteur et par son contexte ; son histoire antérieure peut ensuite éclairer ce sens, à condition qu’il existe des raisons linguistiques ou contextuelles de penser que cette histoire est encore vivante dans le mot.

Une seconde formule complète la première :

Plus on remonte loin dans l’histoire du mot, plus la démonstration doit être forte pour appliquer ce sens au texte du Nouveau Testament.

Cela nous donne une méthode extrêmement équilibrée.

Elle ne ferme absolument pas la porte au Bailly, au LSJ, à Platon, Aristote ou aux racines anciennes — au contraire, elle permet de les utiliser pleinement — mais elle nous empêche de transformer une découverte étymologique séduisante en sens biblique sans preuve.

Et c’est justement l’approche des lexiques modernes sérieux : le BDAG, par exemple, ne se contente pas d’une traduction mot-à-mot ; il cherche à formuler des définitions plus développées et mobilise la littérature gréco-romaine, les papyrus, l’épigraphie et les textes intertestamentaires pour éviter notamment les anachronismes.

Cette grille peut être appliquée à chaque mot grec important. Indiquer explicitement, à la fin de l’étude, « apport du grec classique : fort / probable / possible / purement historique » permet de savoir jusqu’où l’on peut raisonnablement aller dans l’interprétation.

LE DOCUMENT COMPLET

Le livret à garder

Les trois études réunies, dans la présentation du document fourni.

Couverture du livret

Étudier le grec
du Nouveau Testament

Grec ancien, koinè et méthode d’interprétation.

Version PDF du document Word fourni, avec sa couverture, ses trois études et son tableau de discernement.

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