Étude d’un mot · 1 Jean 2.20 & 2.27
L’onction
Du mot grec à la pensée de Jean.
Que signifie l’onction qui « demeure en vous » et qui « vous enseigne » ? Une lecture du vocabulaire, des usages anciens et des deux passages, puis une mise à l’épreuve de nos usages actuels : autorité, charisme, signes et discernement.
Du mot à l’image biblique
Le mot traduit par « onction » est χρῖσμα — chrisma. Son génitif est χρίσματος — chrismatos. C’est un nom neutre, dérivé du verbe χρίω — chriô.
Ce verbe signifie premièrement frotter, enduire, appliquer une substance sur quelque chose, et notamment oindre avec de l’huile ou un parfum.
Le suffixe -μα désigne souvent le résultat ou le produit d’une action. Dans son sens le plus concret, χρῖσμα n’est donc pas seulement l’action d’oindre, mais ce avec quoi l’on oint : une huile, un onguent, un parfum ou un enduit. Selon les contextes, le mot peut aussi évoquer l’onction et la consécration qu’elle produit.
Χριστός signifie « celui qui a été oint », « l’Oint » : c’est le titre traduit par « Christ », correspondant à « Messie ». Le français chrême appartient lui aussi à cette histoire, par l’intermédiaire du latin chrisma.
Dans la langue grecque ordinaire, χρῖσμα n’avait pas nécessairement de valeur religieuse. Les attestations ci-dessous encadrent l’époque de Jean : certaines sont plus anciennes, d’autres légèrement postérieures. Elles ne sont donc pas toutes contemporaines de l’épître.
| Auteur ou corpus | Époque | Emploi du mot |
|---|---|---|
| Xénophon, Banquet 2.4 | IVᵉ s. av. J.-C. | Parfum ou onguent appliqué sur le corps. |
| Xénophon, Anabase 4.4.13 | IVᵉ s. av. J.-C. | Onguent gras utilisé à la place de l’huile d’olive. |
| Diodore de Sicile, Bibliothèque historique 2.9 | Iᵉʳ s. av. J.-C. | Revêtement de bitume appliqué sur une construction. |
| Textes médicaux, notamment Galien | IIᵉ s. apr. J.-C. | Préparation ou onguent appliqué sur le corps. |
| Septante, particulièrement l’Exode | Époque hellénistique | Huile sainte servant à consacrer les prêtres et les objets du sanctuaire. |
Dans l’Anabase, les soldats trouvent un onguent, préparé notamment avec des graisses et des huiles, dont ils s’enduisent le corps. Chez Diodore, le mot désigne l’épaisseur d’un revêtement appliqué sur les parois. Le sens concret est donc bien celui d’une substance appliquée sur quelque chose.
Le mot lui-même ne signifie pas « puissance surnaturelle ». C’est le contexte biblique, puis celui de Jean, qui lui donne sa portée spirituelle.
Xénophon, AnabaseDiodore, livre IIAttestations dans le corpus Perseus
La Septante est l’ancienne traduction grecque des Écritures juives. Pour comprendre Jean, cet arrière-plan biblique est particulièrement important.
Exode 29.7 : l’huile versée sur Aaron
τοῦ ἐλαίου τοῦ χρίσματος
« L’huile de l’onction. »
Cette huile est versée sur la tête d’Aaron dans le cadre de sa consécration au service sacerdotal.
Exode 30.25-30 : une huile sainte
ἔλαιον χρῖσμα ἅγιον
« Une huile, un chrême saint. »
L’huile est appliquée à la tente, à l’arche, aux ustensiles, à l’autel, à Aaron et à ses fils. Le texte associe les verbes « oindre » et « sanctifier » : « Tu les oindras et tu les sanctifieras. »
Elle marque une réalité fondamentale : une personne ou une chose est mise à part pour Dieu et pour son service. Il ne s’agit pas simplement d’un produit parfumé.
Exode 40.13 dans la numérotation grecque
χρῖσμα ἱερατείας
« Une onction de sacerdoce. »
Dans ce passage — correspondant à Exode 40.15 dans la numérotation hébraïque courante — le mot évoque aussi la consécration et la fonction que l’huile représente.
- 1Substance appliquée
- 2Huile sainte
- 3Consécration
- 4Appartenance à Dieu
Ce parcours aide à comprendre l’image. Il ne signifie pas que chaque emploi du mot contient automatiquement toutes ces idées.
Lire les deux passages
1 Jean 2.20 · texte grecΚαὶ ὑμεῖς χρῖσμα ἔχετε ἀπὸ τοῦ ἁγίου, καὶ οἴδατε πάντες.
« Mais vous, vous avez une onction venant du Saint, et vous tous, vous savez. »
Traduction de travail, proche de la construction grecque.
« Mais vous, vous… » : un contraste
Καὶ ὑμεῖς signifie littéralement « et vous ». Dans le contexte, on peut traduire « mais vous » ou « quant à vous ». Le pronom ὑμεῖς est exprimé alors que la forme du verbe suffisait : il met les destinataires en relief.
- Des adversaires sont sortis de la communauté (2.19).
- Ils nient que Jésus est le Christ (2.22).
- Ils cherchent à égarer les croyants (2.26).
- Mais vous, dit Jean, vous avez une onction.
Une famille de mots au cœur du passage
Le rapprochement est suggestif et vraisemblablement intentionnel : ceux qui rejettent Jésus comme Christ sont qualifiés d’antichrists, tandis que les croyants ont reçu un chrisma.
Ceux qui rejettent l’Oint de Dieu sont des antichrists ; ceux qui appartiennent à l’Oint ont reçu une onction.
Cette dernière phrase est une reformulation explicative, non une citation biblique.
χρῖσμα ἔχετε ἀπὸ τοῦ ἁγίου
« Vous avez une onction venant du Saint. »
- ἔχετε : « vous avez », au présent.
- ἀπό : « venant de », indication de la source.
- τοῦ ἁγίου : « du Saint », un adjectif employé comme un nom.
« Le Saint » peut désigner Dieu le Père ou Jésus-Christ. Plusieurs éléments rendent l’identification à Jésus-Christ probable, sans lever toute ambiguïté :
- Jésus est appelé « le Saint de Dieu » en Jean 6.69.
- Le verset 27 parle d’une onction reçue « de lui ».
- Le verset 28 demande de « demeurer en lui » dans l’attente de sa manifestation, ce qui renvoie au Christ.
- Le passage porte sur la confession de Jésus comme Christ et Fils.
On peut donc comprendre : « Vous avez reçu une onction venant de Jésus-Christ, le Saint et l’Oint de Dieu. »
Deux leçons manuscrites expliquent la différence entre certaines traductions françaises :
| Texte grec | Traduction | Accent |
|---|---|---|
| οἴδατε πάντες | « Vous tous, vous savez. » | La connaissance est partagée par tous les destinataires. |
| οἴδατε πάντα | « Vous connaissez toutes choses. » | L’étendue de cette connaissance doit être comprise dans le contexte. |
Il ne s’agit pas d’un sens caché du grec : les manuscrits transmettent deux formes. La leçon πάντες, « tous », est retenue notamment dans le SBLGNT.
Connaître quoi ? Le verset suivant le précise
1 Jean 2.21« Je vous ai écrit, non que vous ne connaissiez pas la vérité, mais parce que vous la connaissez. »
Puis le verset 22 indique la vérité particulièrement menacée : « Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? »
Jean ne prétend donc pas que les croyants sont omniscients. L’onction est liée à la reconnaissance de la vérité concernant Jésus-Christ. Même avec la leçon « toutes choses », le contexte délimite le propos.
1 Jean 2.27 · texte grecΚαὶ ὑμεῖς τὸ χρῖσμα ὃ ἐλάβετε ἀπ’ αὐτοῦ μένει ἐν ὑμῖν, καὶ οὐ χρείαν ἔχετε ἵνα τις διδάσκῃ ὑμᾶς· ἀλλ’ ὡς τὸ αὐτοῦ χρῖσμα διδάσκει ὑμᾶς περὶ πάντων, καὶ ἀληθές ἐστιν καὶ οὐκ ἔστιν ψεῦδος, καὶ καθὼς ἐδίδαξεν ὑμᾶς, μένετε ἐν αὐτῷ.
« Quant à vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous enseigne ; mais comme son onction vous enseigne au sujet de toutes choses, qu’elle est vraie et n’est pas mensonge, et comme elle vous a enseignés, demeurez en lui. »
Traduction de travail. La forme finale μένετε peut grammaticalement être un indicatif (« vous demeurez ») ou un impératif (« demeurez ») ; l’exhortation est retenue ici.
« L’onction que vous avez reçue »
Ἐλάβετε, « vous avez reçue », est un aoriste : Jean renvoie à une réception passée. Les croyants ne produisent pas cette onction ; elle leur est donnée.
Il s’agit vraisemblablement du commencement de leur vie chrétienne, en lien avec l’Évangile entendu « dès le commencement » (2.24). Le temps du verbe ne suffit cependant pas à établir à lui seul le moment ou les modalités exactes de cette réception.
Jean ne mentionne explicitement ni cérémonie particulière ni application réelle d’huile. Un rapport avec l’initiation chrétienne a été envisagé par des interprètes, mais on ne peut déduire de ces seuls versets l’existence d’un rite matériel précis.
« Elle demeure en vous »
μένει ἐν ὑμῖν
« Elle demeure en vous. »
Le verbe μένω — menô, « demeurer » — est l’un des grands mots de Jean. L’accent porte sur une présence durable, et non sur une émotion passagère ou une manifestation exceptionnelle.
Ce constat ne vise pas à nier toute expérience sensible ni à trancher, avec ce seul présent, toutes les questions sur la persévérance. Jean rassure ses lecteurs : le don reçu n’est pas absent ; il demeure en eux.
Plus loin, l’épître relie explicitement cette demeure au don de l’Esprit : « Nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné » (3.24). Jean ajoute : « Il nous a donné de son Esprit » (4.13).
« Vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous enseigne. »
Isolée de son contexte, cette phrase pourrait sembler abolir tout enseignement humain. Mais Jean lui-même est en train d’écrire une lettre pour instruire et avertir ses lecteurs.
Il ne leur dit donc pas de se passer des apôtres, de l’Église, des Écritures ou de tout enseignant. Le verset précédent donne la clé :
1 Jean 2.26« Je vous ai écrit ces choses au sujet de ceux qui vous égarent. »
Les croyants n’ont pas besoin d’un enseignement qui prétendrait corriger ou dépasser la vérité reçue au sujet de Jésus. On peut comprendre l’affirmation comme une réponse à la prétention des séducteurs, sans reconstruire avec certitude tout leur système doctrinal.
Les destinataires possèdent déjà :
- la parole entendue « dès le commencement » (2.24) ;
- le témoignage apostolique concernant le Père et le Fils ;
- l’onction qui enseigne la vérité et les invite à demeurer en Christ (2.27).
τὸ αὐτοῦ χρῖσμα διδάσκει ὑμᾶς περὶ πάντων
« Son onction vous enseigne au sujet de toutes choses. »
Le rapprochement le plus frappant se trouve dans les paroles de Jésus : « Le Défenseur, l’Esprit Saint… vous enseignera toutes choses » (Jean 14.26).
Les correspondances ne s’arrêtent pas là :
| En 1 Jean 2 | Ailleurs chez Jean | Référence |
|---|---|---|
| L’onction demeure en vous. | Nous reconnaissons la demeure de Dieu par l’Esprit qu’il nous a donné. | 1 Jean 3.24 ; 4.13 |
| L’onction enseigne. | L’Esprit Saint enseignera toutes choses. | Jean 14.26 |
| Elle enseigne au sujet de toutes choses. | L’Esprit conduit dans toute la vérité. | Jean 16.13 |
| Elle est vraie, non mensonge. | L’Esprit est la vérité. | 1 Jean 5.6 |
| Elle aide face aux séducteurs. | Jean distingue l’esprit de vérité de l’esprit de l’erreur. | 1 Jean 4.6 |
| Le contexte porte sur la confession du Christ. | L’Esprit de Dieu confesse Jésus-Christ venu en chair. | 1 Jean 4.2 |
« Toutes choses » ne doit pas être transformé en promesse de connaissance universelle. Dans ce contexte, l’expression concerne la vérité chrétienne nécessaire pour résister à l’égarement et demeurer dans le Fils et dans le Père.
Cette lecture ne réduit pas non plus l’Esprit à une simple information : l’enseignement reçu et la présence de celui qui atteste la vérité sont intimement liés.
Jean attribue à l’onction des fonctions qui évoquent une présence agissante : elle demeure, elle enseigne, elle est vraie et s’oppose au mensonge. Cela correspond à l’Esprit de vérité qui rend témoignage au Christ.
Mais cette vérité ne se détache jamais du contenu apostolique. Dans l’épître, reconnaître l’Esprit conduit à confesser :
- que Jésus est le Christ (2.22) ;
- qu’il est le Fils de Dieu (4.15 ; 5.5) ;
- qu’il est réellement venu dans la chair (4.2) ;
- que celui qui confesse le Fils a aussi le Père (2.23).
Une prétendue inspiration qui conduirait à nier cette confession ne pourrait donc pas être justifiée par l’onction dont parle Jean.
L’onction ne donne pas raison à toutes mes idées ; elle me garde attaché à la vérité concernant Jésus-Christ.
Formulation de synthèse, non citation biblique.
Le but apparaît à la fin du verset 27 : μένετε ἐν αὐτῷ, « demeurez en lui ». L’enjeu n’est pas seulement de posséder un savoir : il est de persévérer dans la communion avec le Fils et le Père.
L’onction à l’épreuve de nos usages
Le mot « onction » a pris, dans une partie du vocabulaire chrétien, une importance presque phénoménale. On parle de l’onction d’un prédicateur, d’un chant, d’une réunion ou d’une atmosphère. Pourtant, le nom grec χρῖσμα, traduit par « onction », n’apparaît dans le Nouveau Testament que dans deux versets — 1 Jean 2.20 et 2.27 — pour trois occurrences au total. La famille du mot est employée ailleurs, et l’image de l’onction est naturellement plus présente dans l’Ancien Testament.
La rareté d’un mot ne rend pas la réalité insignifiante. Mais elle nous invite à ne pas lui faire porter tout ce que le Nouveau Testament attribue plus largement au Saint-Esprit : ses dons, sa puissance, son fruit, son sceau, sa plénitude ou sa direction.
L’Esprit est illimité dans sa puissance ; le sens d’un mot biblique, lui, est déterminé par le texte qui l’emploie.
Formulation de méthode, non citation biblique.
Il existe peut-être un déséquilibre entre la place que le mot occupe dans certains discours et celle que l’Écriture lui donne réellement. Revenir à Jean ne diminue donc pas l’action du Saint-Esprit : cela rend au mot « onction » son sens, sa portée et ses limites bibliques.
1 Jean 2.27« L’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous. »
Trois traits apparaissent : l’onction est reçue, elle demeure, et Jean s’adresse collectivement à ses lecteurs. Au verset 20, la leçon « vous tous, vous savez » souligne encore que la connaissance attestée par l’Esprit n’est pas réservée à une petite élite.
Paul rapproche lui aussi l’onction, l’affermissement en Christ, le sceau de Dieu et le don de l’Esprit dans les cœurs (2 Corinthiens 1.21-22). Il existe des dons, des ministères et des responsabilités différents ; mais 1 Jean ne répartit pas les chrétiens entre ceux qui auraient l’onction et ceux qui ne l’auraient pas.
Une fenêtre peut laisser entrer beaucoup de lumière dans une maison, mais elle ne devient jamais le soleil. De même, Dieu peut employer puissamment une personne : elle reste celle qui reçoit et transmet ; elle ne devient jamais la source.
L’Esprit de Dieu n’est pas une énergie à notre disposition ; c’est nous qui sommes à sa disposition.
Formulation de synthèse, non citation biblique.
Nous pouvons reconnaître avec reconnaissance qu’un chrétien sert fidèlement, d’une manière désintéressée, et que Dieu agit à travers lui. Le danger commence lorsque cette action devient, dans notre langage, un statut spirituel : « Cet homme possède une onction particulière ; cette femme a quelque chose que les autres n’ont pas. »
Même si nous répétons que tout vient de Dieu, notre regard peut finir par se fixer sur la personne. Chez celle qui est admirée peut naître un orgueil caché, conscient ou non. Chez ceux qui l’écoutent peut se développer une fascination, puis une dépendance : on n’attend plus seulement ce que Dieu dit, mais ce que cette personne va dire.
Ce qui commence par une juste reconnaissance de la grâce peut finir par devenir un piédestal.
Saül, David et Samuel : respect ne signifie pas aveuglement
David refuse de tuer Saül dans la grotte parce qu’il est « l’oint de l’Éternel » (1 Samuel 24). Mais Samuel avait déjà repris Saül avec fermeté et annoncé les conséquences de sa désobéissance (1 Samuel 15). David refuse la vengeance ; Samuel ne renonce pas au discernement.
« Ne pas porter la main » sur quelqu’un ne signifie donc pas lui donner le droit d’échapper à la vérité, à la correction ou à la responsabilité. L’onction ne transforme jamais un serviteur en autorité incontestable.
L’onction n’est pas un piédestal qui élève un homme au-dessus des autres ; elle est la présence de l’Esprit qui le garde avec les autres sous l’autorité du Christ.
Dans le langage courant, le « charisme » peut désigner une forte personnalité : éloquence, assurance, capacité à émouvoir, à raconter et à comprendre les attentes d’un auditoire. Ces aptitudes ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, mais elles peuvent donner l’apparence de l’onction.
On peut alors confondre :
- l’assurance avec la foi ;
- l’éloquence avec l’inspiration ;
- l’émotion avec la présence de Dieu ;
- la nouveauté avec la révélation ;
- la popularité avec l’approbation divine ;
- la puissance de présentation avec la puissance du Saint-Esprit.
Un comédien peut provoquer des larmes, un orateur peut soulever une foule et un vendeur habile peut créer un désir. De même, quelqu’un peut faire vibrer une assemblée sans nécessairement la conduire vers le Christ.
Un don réel ne garantit pas la maturité
Le mot grec charisma désigne aussi un don de grâce. Il faut donc aller plus loin : même un don spirituel authentique ne certifie pas que toute la vie, toute la doctrine ou toutes les décisions d’une personne sont approuvées par Dieu.
Les Corinthiens « ne manquaient d’aucun don » (1 Corinthiens 1.7), mais Paul dut les reprendre pour leurs divisions, leur orgueil et leur immaturité (3.1-3). Un don peut être réel alors que le caractère a encore besoin d’être profondément travaillé.
La Bible va encore plus loin : la séduction ne repose pas toujours uniquement sur le talent, la psychologie ou l’éloquence. Des signes impressionnants peuvent aussi être employés pour égarer.
Cela ne signifie pas que tout phénomène étonnant soit démoniaque. Il peut exister des trucages, des exagérations, des mises en scène ou des conclusions trop rapides. Mais l’Écriture ne permet pas non plus de considérer toute manifestation spectaculaire comme une preuve de l’approbation divine.
Le signe accompli n’est pas le critère suprême
Deutéronome 13.1-3Un prophète peut annoncer un signe qui s’accomplit et néanmoins conduire le peuple vers d’autres dieux. Israël ne doit pas l’écouter.
Le premier critère n’est donc pas seulement : « Est-ce que cela a fonctionné ? », mais : « Vers qui cela nous conduit-il ? »
Jésus annonce que de faux Christs et de faux prophètes produiront de grands signes capables de séduire (Matthieu 24.24). Paul parle d’une action « avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers » (2 Thessaloniciens 2.9-10). L’expression peut viser des phénomènes contrefaits ou des prodiges mis au service du mensonge ; dans les deux cas, l’étonnement ne suffit pas à identifier la source.
Simon et Élymas
À Samarie, Simon le magicien étonnait la population au point qu’on le qualifiait de « puissance de Dieu ». Après avoir vu l’Esprit agir, il voulut acheter cette autorité ; Pierre lui répondit que son cœur n’était pas droit devant Dieu (Actes 8.9-24).
Élymas est présenté comme magicien et faux prophète. Actes ne lui attribue pas explicitement de miracle ; le texte souligne plutôt qu’il cherchait à détourner le proconsul de la foi. Paul, rempli du Saint-Esprit, dénonce sa ruse et sa fraude (Actes 13.6-12).
Un miracle ne transforme pas un mensonge en vérité ; une manifestation spectaculaire ne rend pas une mauvaise doctrine acceptable.
Formulation de synthèse, non citation biblique.
1 Jean 4.1« Bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu. »
Jean ne demande pas aux croyants d’accepter toute manifestation parce qu’elle paraît spirituelle. Paul tient lui aussi ensemble l’ouverture et l’examen : « N’éteignez pas l’Esprit […] examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5.19-21).
Dans la première épître de Jean, trois critères traversent toute la lettre :
Devant un ministère ou une manifestation, d’autres questions concrètes peuvent être posées :
- Le message reste-t-il fidèle à l’Évangile entendu dès le commencement ?
- Jésus-Christ est-il glorifié ou la personnalité du serviteur devient-elle centrale ?
- L’Église est-elle édifiée ou rendue dépendante d’un homme ?
- La personne accepte-t-elle que ses paroles et sa conduite soient examinées ?
- Les fruits produits sont-ils l’humilité, la justice, la vérité et l’amour ?
Plus quelqu’un prétend parler au nom de Dieu, plus ses paroles doivent pouvoir être examinées à la lumière de la Parole de Dieu.
Corriger les abus ne doit pas nous conduire à l’excès inverse. L’Esprit de Dieu est souverain : il peut agir au-delà de nos prévisions, distribuer des dons, donner une parole de sagesse, une foi particulière, une guérison ou ouvrir une porte inattendue.
Actes 10.38« Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l’empire du diable. »
L’action de l’Esprit peut donc être puissante. Mais sa direction est claire : Jésus fait du bien, libère ceux qui sont opprimés et accomplit la volonté du Père. Dans 1 Corinthiens 12, la manifestation de l’Esprit est donnée « pour l’utilité commune » et les dons sont distribués comme il veut.
Des réalités liées, mais non interchangeables
| Expression | Accent biblique |
|---|---|
| L’onction en 1 Jean | La vérité reconnue, le mensonge discerné, la fidélité au Christ. |
| Les dons spirituels | Des capacités diverses distribuées pour le service et le bien commun. |
| Le fruit de l’Esprit | La transformation du caractère et de la conduite. |
| Le sceau et les arrhes | L’appartenance à Dieu et la garantie de l’héritage. |
Ces réalités viennent du même Esprit et peuvent se rejoindre, mais elles ne sont pas de simples synonymes. Tout ce que fait le Saint-Esprit ne doit pas automatiquement être appelé « onction ».
La bonne question n’est donc pas seulement : « Est-ce extraordinaire ? » Elle est aussi : « Est-ce fidèle au Christ, conforme à la vérité et utile au corps ? »
La contrefaçon attire vers l’homme ; l’Esprit conduit vers le Fils. La contrefaçon crée une dépendance ; l’Esprit affermit dans la vérité.
Retenir et approfondir
Dans son sens grec premier, χρῖσμα désigne une substance appliquée : huile, onguent ou enduit. Dans la Septante, l’huile sainte est associée à la consécration pour Dieu. Jean reprend cette image pour parler, selon l’interprétation la mieux étayée, du don du Saint-Esprit reçu de Dieu par Jésus-Christ.
Dans les deux versets, l’onction :
- est présentée comme reçue par les destinataires, non comme le privilège d’une élite ;
- vient du Saint et demeure en eux ;
- enseigne la vérité, en opposition au mensonge ;
- est liée au discernement face aux séducteurs ;
- conduit à rester fidèle à ce qui a été entendu dès le commencement ;
- invite à demeurer en Christ, et ainsi dans le Fils et le Père.
L’idée de consécration et d’appartenance à Dieu est éclairée par l’arrière-plan de l’Exode. La fonction mise directement en avant par Jean est cependant l’enseignement de la vérité et la fidélité au Christ.
L’onction est, selon toute vraisemblance, le don et la présence intérieure durable du Saint-Esprit : il fait reconnaître la vérité de l’Évangile et conduit les croyants à demeurer fidèles à Jésus, le Christ et le Fils de Dieu.
Ce que ce passage n’affirme pas
Il ne promet ni l’omniscience, ni l’infaillibilité de toutes nos impressions, ni la suppression de l’enseignement humain. Il ne réserve pas cette onction aux pasteurs ou aux croyants exceptionnels, et ne décrit pas principalement une puissance destinée à accomplir des œuvres extraordinaires.
Ce que cela change dans notre manière de discerner
- Nous pouvons honorer un serviteur sans le placer sur un piédestal.
- Le talent humain, un don spirituel réel ou un signe impressionnant ne garantissent ni la maturité, ni l’infaillibilité, ni la vérité d’un message.
- Toute prétention spirituelle doit être éprouvée par la confession du Christ, la fidélité à l’Évangile et les fruits de vérité, de justice et d’amour.
- L’Esprit peut agir d’une manière extraordinaire ; il le fait souverainement, pour glorifier le Fils et servir le bien commun.
L’onction n’élève pas un homme au-dessus des autres ; elle le garde avec les autres sous l’autorité du Christ.
Pour Jean, dans ce passage, l’accent porte d’abord sur l’Esprit qui fait reconnaître la vérité et appelle à demeurer en Christ.
Les liens ouvrent les documents de référence dans un nouvel onglet. Les citations grecques sont accompagnées de traductions de travail ; les extraits français bibliques sont, sauf indication contraire, proches de la Louis Segond 1910.
Le texte grec et les occurrences
- 1 Jean 2.20 — SBLGNTÉdition grecque de la Society of Biblical Literature ; leçon « vous tous, vous savez ».
- 1 Jean 2.27 — texte grecLes deux occurrences de χρῖσμα dans le verset.
- 1 Jean 2.20 — comparaison d’éditionsRepérage de la différence πάντες / πάντα.
- χρῖσμα — concordance du Nouveau TestamentTrois occurrences : une au verset 20 et deux au verset 27.
Le vocabulaire et les auteurs anciens
- Logeion / Liddell–Scott–JonesLexique historique de la langue grecque, hébergé par l’université de Chicago.
- Perseus — attestations de χρῖσμαRepérage des emplois dans plusieurs corpus ; les corpus ne sont pas exhaustifs.
- Xénophon — Le BanquetChapitre 2, discussion sur les parfums ; traduction anglaise.
- Xénophon — Anabase 4.4.13Onguents employés par les soldats ; traduction anglaise.
- Diodore — Bibliothèque historique 2.9Le revêtement de bitume ; traduction anglaise.
La Septante : les textes de l’Exode
- Exode 29L’huile de l’onction et la consécration d’Aaron.
- Exode 30La préparation du chrême saint et son usage.
- Exode 35L’huile de l’onction parmi les éléments du sanctuaire.
- Exode 40L’onction sacerdotale ; la numérotation grecque diffère à cet endroit de celle de nombreuses Bibles françaises.
Relire les passages en français
1 Jean 2.18-29Jean 14.26 et 16.13Les parallèles dans l’épître
Discernement, dons et signes
- 1 Samuel 15 et 24Samuel reprend Saül ; David refuse de se venger de l’oint de l’Éternel.
- 1 Corinthiens 1, 3 et 12Dons, immaturité et utilité commune.
- Deutéronome 13 ; Matthieu 24 ; 2 Thessaloniciens 2Les signes ne dispensent jamais d’éprouver la direction et la vérité d’un message.
- Actes 8 et 13Simon le magicien et Élymas le faux prophète.
- 1 Jean 4 et 1 Thessaloniciens 5Éprouver les esprits sans éteindre l’Esprit.
- Actes 10 ; 2 Corinthiens 1 ; Galates 5Onction, puissance, sceau, arrhes et fruit de l’Esprit.
« Demeurez en lui. »
1 Jean 2.27